La fièvre du bolide vous arrachera un sourire discret, mais à l’approche du Cadillac CTS-V Coupé 2011 pour un premier essai, c’est une pointe de nervosité qui risque de se manifester d’abord.

Des chiffres défilent dans votre tête pendant que vous tendez anxieusement la main vers la poignée de la portière. Huit cylindres, un compresseur volumétrique, six rapports et 556 colossaux chevaux aident à catapulter cette petite fusée huppée de 0 à 100 km/h en moins de cinq secondes. Peu après, la probabilité d’écoper d’un ticket salé assorti d’une flopée de points d’inaptitude augmente de façon exponentielle.

Par contre, quand on prend ses aises à bord du CTS-V Coupé, on peut presque oublier tout ça.

L’habitacle n’est pas un modèle d’accès aisé, mais le tableau de bord orné de cuir et de bois, les sièges en cuir et les matériaux de qualité qui parsèment l’habitacle évoquent « chic routière » plutôt que « bête de couple terriblement rapide ». Des touches chromées viennent même rehausser le tout, et on trouve toutes les commodités sophistiquées et bien pensées prévues, dont une chaîne audio avec disque dur, une clé intelligente, des sièges chauffants et ventilés et un système de navigation.

Étonnamment, étrangement… raisonnable.
Quelques indices à l’intérieur viennent perturber l’impression de luxe de l’habitacle et laissent entrevoir « l’autre » côté du CTS-V. Le gros volant gainé de suède en est un. Le levier de vitesses charnu en est un autre. Observez attentivement les instruments, et vous apercevrez un petit indicateur de suralimentation pour le compresseur.

Faites-le monter, et vous verrez que le CTS-V est diaboliquement fulgurant. Quand on enfonce le gaz, on dirait qu’on vient d’activer un système de poulies qui relie le nez de la voiture à l’horizon au loin. La plainte aiguë du compresseur retentissant à l’avant et le grognement du V8 à l’arrière, le CTS-V déchaîne une débandade de chevaux furieux sur un sublime fond de symphonie purement américaine.
De puissants freins offrant de bonnes sensations et une direction vive et enthousiaste viennent prêter main forte. Il vous faudrait une piste, ne serait-ce que pour effleurer les limites de cette machine… mais un système antipatinage très indulgent vous permettra de le faire en toute sécurité. Il y a même un bouton pour augmenter la rigidité de la suspension au besoin.

Or, le CTS-V peut très bien se balader allègrement en ville aussi. Même si l’embrayage, le levier de vitesse et la direction sont assez lourds pour engager le conducteur dans l’expérience, ils sont également assez légers pour qu’on puisse les utiliser sans s’éreinter quand on fait ses emplettes. Le moteur entraîne le bolide sans effort en circulation, la suspension reste relativement calme, et l’habitacle relaxant peut même servir de lieu de détente si le conducteur évite les situations pénibles.
Bref, on a droit à une charmante double personnalité, comme celle qui définit autant d’incroyables voitures haute performance. En effet, ce cocktail de performances et de grand luxe a permis au V de couper l’herbe sous les pieds des Ford Shelby GT500 et Mercedes-Benz E550 Cabriolet, remportant le titre de voiture de l’année 2010 au Canada dans la catégorie des modèles Sport et Haute Performance de plus de 50 000 $.

Alors que la rustre GT500 est toujours « allumée » et toujours sauvage, et que l’E550 Cabriolet séduit par sa douceur veloutée, le CTS- V, lui, a su trouver un heureux équilibre entre les deux. Sans malmener ni chouchouter son conducteur, cette machine a marqué le plus de points du côté de la direction, de la tenue de route et du freinage… et est arrivée ex æquo avec la Mercedes pour le raffinement du moteur. Et elle assure le 0-100 le plus rapide du lot aussi.
Des reproches ? Évidemment, et plusieurs de surcroît. La visibilité s’avère exécrable, la suspension se montre brusque sur certaines surfaces, et dans les mains d’un conducteur au pied pesant, le CTS- V brûlera plus d’essence qu’un incendie dans une raffinerie ! Mais vu le rapport puissance-dollar, on le lui pardonnera facilement.

C’est une Cadillac, et une « V », et en tant que tel, ce séduisant nouveau bolide crie haut et fort que dans le monde des coupés performants et chers, les Américains ne se laisseront pas faire.
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